Airbnb and co : sont-ils vraiment des acteurs au service d’un tourisme durable ?

Les enjeux d’Airbnb face au développement durable ?

Lors de la 8ème édition de la Journée Mondiale pour un Tourisme Responsable à Paris, Nicolas Ferrari, directeur d’Airbnb France était invité par les organisateurs pour venir débattre de leur position face aux enjeux du développement durable.

Sa réponse a été naturelle. Il avait lu la définition avant de venir sur Wikipédia du tourisme responsable et il disait qu’Airbnb répondait bien à ces enjeux car les voyageurs avaient un impact important sur les territoires d’accueil (étant donné que le coût de l’hébergement était moindre), que l’impact environnemental était moindre (car les voyageurs restaient plus longtemps) et qu’il y avait une rencontre avec l’hôte qui donnait du sens au voyage.

Une étude effectuée

Quelques mois plus tard, Airbnb monde sortait une étude sur le fait que les hébergements du premier réseau de partage d’hébergements entre particuliers impactaient moins sur l’environnement, à la fois sur les questions de consommation en énergie & en eau, en émissions de gaz à effet de serre ou encore en production de déchets et en utilisation de produits chimiques. De plus, l’étude montrait que les visiteurs utilisant les services d’Airbnb utilisaient en moyenne de 10 à 15% de plus le vélo et les transports en commun que les clients d’un hôtel.

Légitime ?

J’avais déjà réagi suite à un article du magazine Terra Eco pour expliquer que l’étude était bien faite et que c’était assez malin de l’avoir faite mais que l’on pouvait légitimement se poser des questions sur la comparaison avec des hôtels de catégorie plutôt supérieurs.

Avec tous les débats dernièrement sur l’économie collaborative et la réaction parfois violente de certains acteurs traditionnels du secteur du tourisme, il m’apparaissait intéressant de pousser la réflexion du lien entre les acteurs de la consommation collaborative dans le tourisme et les enjeux mondiaux du développement durable. Souvent, ces acteurs se considèrent naturellement comme des acteurs engagés car ils permettent de passer d’un système de propriété à celui de l’usage des biens. Mais pour autant, n’est-ce pas trop fragile de passer de la consommation collaborative au développement durable ? Ce raccourci est-il intrinsèque ?

C’est lors du 2ème Meet-Up « Tourisme durable, innovations & entrepreneuriat » organisé au Welcome City Lab à Paris (comme tous les 3èmes jeudi de chaque mois) le 15 janvier 2014 que l’occasion m’était donnée de présenter ce sujet-là et de débattre avec la trentaine de participants présents.

En voici la présentation.

Après avoir rappelé les grands principes du tourisme et le fait qu’Internet avait tout chamboulé dans le secteur (et que certains acteurs traditionnels n’avaient pas vraiment su s’adapter…), j’ai repris la préface du dernier livre de Jeremy Rifkin, La nouvelle société du coût marginal Zéro :

« Les règles du grand jeu de l’économie mondiale sont en train de changer. Le capitalisme se meurt et un nouveau paradigme qui va bousculer s’installe : les communaux collaboratifs. C’est une nouvelle économie collaborative qui se développe où la valeur d’usage prime sur la propriété déjà très implantés avec l’auto-partage, le crowfunding, les A.M.A.P., le couchsurfing, les producteurs contributifs, d’énergie verte ou même d’objets avec les imprimantes 3D offrent un espace où des milliards de personnes s’engagent dans les aspects profondément sociaux de la vie. Un espace fait de millions (au sens littéral du terme) d’organisations autogérées qui créent le capital social de la société. »

Des acteurs de plus en plus connus

Je ne sais pas si la révolution dont parle Jeremy Rifkin aura bien lieu mais il est indéniable que les deux dernières années ont vu la consommation collaborative devenir sacrément tendance avec des acteurs qui sont devenus très gros comme Airbnb, Blablacar ou Uber pour ne parler que d’eux. D’ailleurs, peut-on encore les considérer comme des acteurs de la Sharing Economy…

Après avoir fait un tour de table des acteurs de l’économie collaborative dans le tourisme dans les 4 segments du voyage (transport, hébergement, restauration, expériences / visites), j’ai redonné la définition du tourisme durable selon l’Organisation Mondiale du Tourisme, que voici :

Les principes de développement et les méthodes de gestion du tourisme durable sont applicables à toutes les formes de tourisme et tous les types de destination, y compris le tourisme de masse et les divers segments spécialisés. Les principes du développement durable concernent les aspects environnementaux, économiques et socioculturels du développement du tourisme et le but est de trouver le juste équilibre entre ces trois dimensions pour garantir sa viabilité à long terme.


D’où il découle que le tourisme durable doit :
1) Faire un usage optimal des ressources environnementales qui sont un élément clé du développement du tourisme, en préservant les processus écologiques essentiels et en contribuant à la conservation des ressources naturelles et de la biodiversité;

2) Respecter l’authenticité socioculturelle des communautés d’accueil, conserver leur patrimoine culturel bâti et vivant, ainsi que leurs valeurs traditionnelles, et contribuer à la tolérance et à la compréhension interculturelles ;

3) Garantir des activités économiques viables à long terme en apportant à tous les acteurs des retombées socio-économiques équitablement réparties, notamment des possibilités d’emploi et de revenus stables, des services sociaux aux communautés d’accueil, et en contribuant à la lutte contre la pauvreté.

Etude d’impact

Puis, l’étude sur l’impact environnemental d’Airbnb m’a permis de présenter quelques chiffres et interrogations sur le pilier environnemental du tourisme collaboratif. Permet-il réellement de réduire l’impact environnemental des voyageurs ? Ne pourrait-il pas aller encore plus loin ?

Qu’en est-il des autres entreprises de tourisme collaboratif ? Nous ne pouvons pas nier que le covoiturage ou l’auto-partage aille dans le mauvais sens ici dans tous les cas.

Concernant le pilier économique, c’est dans l’article de William van de Broek qui j’ai pu trouver pas mal de réponses et de réflexions. A qui profite l’économie collaborative ? met ainsi en évidence le fait que l’économie collaborative permet, au contraire du capitalisme, de redistribuer un peu mieux le capital (si cher à Piketty) au moins de réduire l’écart entre les revenus moyens et les plus riches tout en permettant l’accès au tourisme et à la mobilité pour les plus faibles revenus, favorisant ainsi une nouvelle donne du tourisme social.

Quid du pilier social et sociétal justement. Le voyage collaboratif n’avait pas comme objectif premier de faciliter la rencontre avec l’Autre justement afin de permettre à des personnes différentes de se rencontrer, d’apprendre à se connaître, à se comprendre et ainsi répondre à l’objectif de l’Organisation Mondiale du Tourisme, c’est-à-dire à contribuer à la tolérance et à la compréhension interculturelles (Enjeu d’autant plus important suite à l’attentat à Charlie Hebdo et au clivage qui se crée petit à petit sur les questions de religion). Les acteurs du tourisme collaboratif ne devraient-ils pas être garants de ces valeurs, tant elles sont à l’origine de l’idée même du collaboratif dans le voyage ?

Crédit photo: Charlie’s Diary

En France, dans les pays du Nord ou en Afrique et partout ailleurs, ce concept pourrait ainsi permettre d’améliorer les conditions de vie de nombreuses communautés locales en apportant la capacité d’accéder au marché relativement facilement, via Internet.

Ensuite, en poussant la réflexion assez loin, on peut se demander si le développement important de la consommation collaborative dans le tourisme ne va pas engendrer un impact sur le changement climatique. Je m’explique. Etant donné que les tarifs ont baissé du fait de l’arrivée de ces nouveaux acteurs, il est de plus en plus facile de réaliser des séjours et courts séjours à moindre coût… permettant ainsi à un nombre toujours plus important de voyager et… d’impacter sur le climat. Non ?

Enfin, comment peuvent faire ces entreprises pour répondre véritablement aux enjeux du développement durable ?

La solution réside comme souvent à se poser les bonnes questions pour ces dirigeants. Ce n’est pas parce que ces entreprises sont jeunes qu’elles ont le droit de ne pas se poser les bonnes questions ! Le développement durable est l’affaire de tous et les acteurs de la consommation collaborative dans le tourisme ont bel et bien une responsabilité de taille. C’est en intégrant une véritable politique de responsabilité sociétale de l’entreprise que ces start-ups pourront se définir comme … acteurs du tourisme durable.

ID Tourism répond aux interrogations des porteurs de projets d’hébergements.

Guillaume, directeur ID-Tourism  (Suivez moi sur Twitter)

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