[Interview Cécile Gibert] Image de marque, dress code & développement durable

Et si l ‘image d’une marque, par son engagement en matière de développement durable, se traduisait dans toutes les actions de l’entreprise tout en pensant toujours l’intérêt pour le client? Et dans ce sens, comment pourrait-on imaginer le travail autour du dress code des collaborateurs? Voilà les questions que je me suis posées en discutant avec Cécile Gibert, entrepreneure. Voilà en quelques lignes le retour sur nos échanges.

 

Rencontre avec Cécile Gibert, CG Style

Au printemps, je me rendais chez Neocamino à Lyon avec qui je travaille sur l’amélioration de mon SEO. C’est alors que Camille me présentait Cécile Gibert, une entrepreneure avec un projet intéressant qui faisait beaucoup de liens avec les enjeux transversaux du développement durable et de l’expérience client dans le tourisme.

Cécile Gibert, CG Style

Cécile, c’est une momtrepreneur. 3 enfants et une énergie absolue pour développer son projet d’entreprise après avoir bossé 4 ans chez L’Oréal Luxe International puis consultante en image personnelle et professionnelle par intérêt pour ce métier avec lequel elle a pu travailler, dès le début, avec des grands comptes comme Orange & Malakoff Médéric.

Ingénieur designer de formation et passionnée par les questions d’image de marque, elle a alors monté CG Style, un cabinet spécialisé sur l’image de marque et principalement sur la conception de dress codes professionnels, service assez original que je n’avais pas vu auparavant dans mes veilles.

Avec Cécile, nous avons justement parlé de la cohérence entre le positionnement d’une marque, son engagement sur l’ensemble de la chaîne de valeurs de l’entreprise et bien sûr l’expérience client. Pour Cécile, c’est « même indispensable ». Selon elle, « nous cherchons à vivre des expériences au-delà d’obtenir un service. Prenons par exemple un hôtel, Nous n’achetons plus une nuit à l’hôtel, nous vivons une expérience, nous entrons dans un univers le temps d’un séjour. De l’accueil à la réception jusqu’au parcours à la chambre puis au restaurant, l’expérience doit être pensée à l’avance si on la souhaite parfaite. La décoration, l’architecture, les produits vont jouer pour beaucoup. Mais …. pensons-nous à cette personne qui nous y conduit ? Qui nous accueille ? Cette personne est LE vecteur de communication que nous retiendrons le plus !!

 

Les valeurs d’une marque et la cohérence du dress code

C’est là où elle a imaginé l’importance aussi du dress code des équipes qui doit véhiculer les valeurs de la marque. On n’y pense pas forcément mais le dress code ne doit pas être uniquement fonctionnel, il doit parler à tous.

Consciente que cette partie était souvent passée au second plan ou négligée par les entreprises, souvent faute de ressources en interne, elle a créé ce service clé en main. Cécile audite les équipes. Elle crée, propose, développe et suit la production avant de tester sur le terrain en analysant le retour des équipes.

 

Ce que j’ai trouvé vraiment intéressant dans cette proposition, c’est qu’il y a un double gain. D’une part, c’est un excellent moyen de fédérer et de motiver les équipes en interne autour d’un projet sympa et positif qui va leur être totalement bénéfique. On peut même le rattacher à tout ce qui se raconte autour du bien-être et du bonheur au travail. D’autre part, cela sert au maximal l’expérience client car on voit bien la cohérence des engagements, des valeurs de l’entreprise.

Cécile partage parfaitement cette vision-là. Elle m’explique :  « Grâce à l’audit que je mène en amont de la création, qui est la phase indispensable du projet : je me fonds avec les équipes, je les écoute je les prends en considération. Je les suis partout, je fais leurs tâches. C’est un « Vis ma vie ». Ainsi, ils se sentent respectés, ils ne craignent pas un uniforme non adapté à leurs tâches quotidiennes. Ils savent que leur entreprise a pris le parti de ne pas choisir un uniforme catalogue. Quand le dress code sort, cela génère de la fierté, de l’appartenance à la marque. Car ils ont fait partie du processus. »

 

Et l’engagement en matière de développement durable?

Pour finir, j’étais obligé de poser une question sur les enjeux en matière de développement durable car je me dis que si des entreprises s’intéressent à ses salariés en les impliquant dans la réalisation de leur dress code, c’est déjà une action de RSE (Responsabilité Sociétale de l’Entreprise). Cécile valide cette vision. En réalisant l’audit de départ, elle va vite comprendre les engagements. A partir de là, elle va faire des propositions qui vont dans le sens du développement durable. « Je proposerais des pistes de style cohérentes avec les métiers des équipes que j’aurais observées et les valeurs de la marque. Je proposerais très certainement une gamme de tissus recyclés ou issus d’agricultures raisonnées, des couleurs à pigments naturels, des propositions de circuits courts de production et de livraison sur le terrain, un système de nettoyage écologique et malin au quotidien, des ré-assorts qui impliqueraient de ré-utiliser les anciennes pièces. »

Son récent travail avec la nouvelle marque OKKO Hôtels va complètement dans ce sens-là. Et l’entreprise assume également ses engagements en matière de développement durable! A suivre.

Encore merci à Cécile pour cette rencontre et à très vite pour travailler ensemble auprès d’autres acteurs du tourisme et de l’hôtellerie en France ou ailleurs.

Guillaume Cromer, directeur ID-Tourism (Suivez moi sur Twitter, sur LinkedIn & sur Youtube !)


Transat France, 1er Tour-opérateur français certifié Travelife

Transat France est devenu le 1er opérateur français en conformité avec les Critères Mondiaux du Tourisme Durable reconnus par le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE)

Paris, le 20 septembre 2016 –

Transat France devient le premier tour-opérateur français à recevoir la certification internationale « Travelife Certifié ». Cette certification a été remise le premier jour du salon IFTM Top Resa à Paris. Bertrand Carrier, représentant du programme Travelife pour les tour-opérateurs et Jürgen Bachmann, secrétaire générale du SETO (Syndicat des Entreprises du Tour-Operating) ont remis ce prix. Cette certification reconnaît ainsi tous le travail et réalisé par l’entreprise en matière de responsabilité sociétale et de développement durable.

Transat France : un TO engagé

Pour Guillaume Cromer, directeur gérant du cabinet ID-Tourism en charge du déploiement du programme Travelife pour les tour-opérateurs en France, c’est une vraie fierté. Il dit :
« La certification Travelife Certified (soit le 3ème palier de cette certification internationale reconnue par les Critères Mondiaux pour un Tourisme Durable), démontre l’engagement fort et déterminé de Transat France. Et que cela soit de la part de sa directrice RSE, Dolores Merino Cebrian, mais aussi de son président Patrice Caradec et de tous les départements de l’entreprise. Car oui, une certification Travelife ne peut se réaliser soit une implication de tous les salariés et toutes les parties prenantes dans les engagements économiques, sociaux et environnementaux de l’entreprise. »

Le programme Travelife ?

Le programme Travelife, qui était à l’origine développé avec l’appui des associations nationales européennes du voyage et du tour-operating est devenu désormais une des certifications internationales leaders dans le secteur du voyage. Plus de 35 associations nationales du voyage et du tour-operating font la promotion de ce programme auprès de leurs membres à travers l’Asie, l’Afrique, l’Europe et l’Amérique latine.

Un travail de fond pour être certifié

Transat France s’est ainsi mis en conformité avec plus de 200 critères parmi lesquels le management au bureau, la production, les informations pour les clients ou encore le travail avec les réceptifs partenaires. Le référentiel Travelife recouvre d’autres standards reconnus comme l’ISO 26000 intégrant ainsi des critères transversaux comme l’environnement, la biodiversité, les droits de l’homme, le droit du travail et est officiellement reconnu comme étant en complète conformité avec les Critères Mondiaux du Tourisme Durable – GSTC appuyés par le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE).

Transat France : une locomotive pour l’avenir du tourisme durable en France ?

Naut Kusters, responsable du programme Travelife pour les tour-opérateurs enchaîne : « Je suis ravi de voir Transat France être le 1er tour-opérateur en France à être en conformité avec les critères Travelife Certifié. Les entreprises certifiées sont locomotives du secteur. De plus en plus de grands opérateurs touristiques comme Transat France s’engagent à travers de varies politiques de responsabilité sociétale. Le tourisme durable n’est pas l’apanage uniquement des petits acteurs. Je suis également ravi de voir le travail accompli en France avoir des impacts positifs et le partenariat avec l’association Agir pour un Tourisme Responsable (ATR) devrait nous permettre d’améliorer encore plus l’engagement des voyagistes français vers un tourisme plus durable.

Notes & contacts:

Travelife pour les tour-opérateurs

Naut Kusters, Manager

Tel : +31 68 122 5733

n.kusters@travelife.info

www.travelife.info

 

ID-Tourism

Guillaume Cromer, Directeur Gérant

Tel : +33 (0)6 99 29 47 29

g.cromer@id-tourisme.fr

www.id-tourisme.fr

 

Transat
France

Anne-Isabelle Roland

Directrice Communication & Affaires Publiques

Tel: +33 (0)1 58 91 43 43

anneIsabelle.rolland@transatfrance.fr

www.transatfrance.fr

 

SETO

Jürgen Bachmann, Secrétaire général

Tel : +33 (0)9 70 44 88 44

bachmann@seto.to

 

Global Sustainable Tourism Council

www.gstcouncil.org

A propos de Travelife pour les tour-opérateurs

Travelife pour les tour-opérateurs a été développé à l’origine en partenariat avec les associations européennes nationales d’agences de voyage et de tour-opérateurs.
Ce programme de certification propose des formations, des outils et des instruments pour appuyer les tour-opérateurs et les agences de voyages à intégrer les enjeux du développement durable au sein de leur entreprise. La
formation et les outils en ligne sont adaptables à tout type de tour-opérateur ou d’agence de voyage, qu’elle que soit leur taille. Cela couvre les champs du management de l’entreprise, des actions au sein du siège social, de la chaîne
de production et de distribution, des destinations et des clients. Le référentiel Travelife recouvre d’autres standards reconnus comme l’ISO 26000 intégrant ainsi des critères transversaux comme l’environnement, la biodiversité, les droits de l’homme, le droit du travail et est officiellement reconnu comme étant en complète conformité avec les Critères Mondiaux du Tourisme Durable – GSTC appuyés par le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE).

www.travelife.info

A propos d’ID-Tourism

ID-Tourism est un cabinet d’ingénierie spécialisé sur le marketing, l’innovation et la prospective du secteur du tourisme. Il a pour vocation d’intégrer les enjeux du développement durable. Il s’intéresse particulièrement aux questions d’écotourisme, de responsabilité sociétale des entreprises touristiques, de l’économie collaborative et du tourisme social.
Les experts du cabinet accompagnent tout type d’acteurs privés et publics du secteur afin de s’adapter aux nouvelles attentes des voyageurs tout en répondant au mieux aux enjeux de la Planète.

www.id-tourisme.fr


Marketing du tourisme durable : et si on transformait le cercle vicieux en cercle vertueux ?

Des touristes ne souhaitant pas sauter le pas

Des études nous racontent que les touristes n’intègrent que trop peu les enjeux du développement durable dans l’acte d’achat d’un voyage. De ce fait, les professionnels du tourisme ne voient pas trop l’intérêt de s’engager et de communiquer là-dessus pour en faire un atout marketing. Sauver la planète et répondre aux engagements de la COP21 ?! Ahah, ce n’est pas vraiment le cadet de leurs soucis… Et vu que les entreprises ne s’engagent pas ou peu et ne communiquent, le client ne change et utilise toujours les mêmes critères pour choisir un séjour, etc. etc. etc. #CercleVicieux

Mais alors, que faudrait-il faire pour inverser la tendance ?

  • La méthode #Bâton : Rendre vraiment obligatoire la responsabilité sociétale et le développement durable pour tous les professionnels du tourisme ? J’imagine déjà les levées de boucliers des professionnels, des syndicats, etc.
  • La méthode #Bisounours : demander aux associations citoyennes de sensibiliser les professionnels, de leur montrer que c’est important de sauver la planète et qu’en plus, ça permet de faire des économies. On appelle ça l’éconologie… Ou leur parler de sobriété heureuse comme le prône Pierre Rabhi. En gros, les convaincre par les sentiments…
  • Enfin, comme le dis Bernard Werber dans ce texte court, « Ne t’attaque pas au système, démode le ». Donc à force de regarder des films comme Demain, le film ou encore En Quête de Sens, je me suis posé la question : de quelle manière on pourrait transformer ce cercle vicieux ou cercle vertueux et ainsi obtenir quelque chose comme ça :

Le Green Hushing ou la peur de l’accusation au Green-Washing

Oh bien sûr, ça reste utopique ! Il suffit de… vous savez bien ! C’est toujours si facile à dire ! Mais concrètement, si déjà les entreprises engagées qui pratiquent le #GreenHushing, le chuchotement vert (c’est-à-dire de ne pas trop communiquer leurs engagements par peur des critiques comme Club Med, Accor, le groupe Pierre & Vacances et même d’autres plus petits acteurs du secteur), communiquaient plus fortement sur ce qu’ils font en matière de développement durable, ça permettrait déjà de lancer la roue, non ?

C’est d’ailleurs ce que je vois actuellement avec une destination qui communique comme le Maroc qui beaucoup de tourisme durable, cela permettra alors aux clients d’avoir un autre regard sur la destination. Aux professionnels par la suite de s’adapter, de s’engager afin de répondre au mieux aux attentes des visiteurs ! Etc. Etc. Etc.

Allez, je vous laisse sur ces réflexions assez brutes. C’est samedi soir, on a d’autres choses à faire mais je reviendrais sûrement sur ce sujet pour le développer avec d’autres cas concrets et des solutions !

A bientôt,

Guillaume Cromer, ID-Tourism (Suivez moi sur Twitter ou sur LinkedIn)


L’Inclusive Business dans le tourisme

Inclusive Business, kesako ?

L’Inclusive Business, c’est un concept pouvant s’intégrer à des initiatives entrepreneuriales qui cherchent à construire des liens entre les entreprises et les communautés à faible revenu, liens qui se doivent d’être bénéfique aux deux parties.

Aujourd’hui, près de 2/3 de la population mondiale vit en situation de pauvreté, avec un manque généralisé d’accès aux services de base. Par ailleurs, le secteur des entreprises est largement reconnu comme un acteur clé de lutte contre la pauvreté dans le monde. L’Inclusive Business permet donc d’intégrer ces communautés à faible revenu au sein même de la chaîne de valeur de l’entreprise tout en permettant à cette dernière de suivre son objectif de dégager des profits.

L’idée de ce cercle vertueux est de permettre aux communautés à faible revenu de développer leurs compétences au profit de produits et de services, simples, facilement identifiables par les entreprises.

Ainsi, dans de nombreux secteurs d’activité, des modèles d’Inclusive Business ont déjà été menés. En agriculture, certains projets de commerce équitable s’appuyant sur les communautés locales à faible revenu ont permis de structurer les réseaux de petits producteurs et d’avoir ainsi un accès à l’exportation (Exemple : Max Havelaar). Dans le même secteur, il est possible de créer des projets similaires avec des coopératives laitières au profit des petits producteurs, que ce soit dans les pays du Nord ou dans les pays du Sud (cf Candia – Oui aux petits producteurs

Il est également possible de le voir plus en aval avec la grande distribution qui se met à intégrer ce modèle, développant des contacts directs avec certains producteurs à faible revenu, limitant les intermédiaires et réduisant ainsi les coûts pour les consommateurs.

 

Or, quelles différences avec la RSE (Responsabilité Sociale des Entreprises) ?

La RSE est l’intégration volontaire par les entreprises d’une stratégie de développement durable qui doit permettre de trouver un équilibre pour l’entreprise et l’ensemble des parties prenantes entre les 3 piliers économique, social et environnemental. C’est donc une vision très globale qui peut intégrer, pour certaines entreprises, cette vision du modèle « Inclusive Business ». Cela dépend de la nature des produits et services réalisés et des caractéristiques des parties prenantes.

 Les entreprises ayant un lien direct ou indirect avec des communautés à faible revenu peuvent réfléchir à l’intégration de ce modèle et en analyser les potentialités et opportunités.

 

Quid du tourisme ?

Le tourisme est une industrie multisectorielle représentant aujourd’hui 9,3% du PIB mondial. Les exportations du tourisme représentent plus de 30% des exportations mondiales de services commerciaux et 6% des exportations de biens et de services. En 2010, l’économie globale du secteur a pourvu à plus de 235 millions d’emplois directs, ce qui représente environ 8% du nombre total d’emplois dans le monde. Les femmes représentent entre 60 et 70% de la main d’œuvre et la moitié de cette main d’œuvre à moins de 25 ans. On peut dénombrer également près de 400 millions d’emplois indirects à travers le secteur.

Entre 1998 et 2008, les arrivées de touristes dans les PMA (Pays les Moins Avancés) ont triplé, affichant un taux moyen de croissance record de 13%.

30 des 49 PMAs ont misé sur le tourisme en tant que secteur important de croissance et de développement. Enfin, le tourisme représente la principale exportation de services dans les PMAs, soit 33% de leurs exportations et 65% pour les pays insulaires.

Le secteur du tourisme et ses composantes informelles procurent ainsi un grand nombre d’emplois aux travailleurs ayant peu ou pas de formation scolaire. Ils peuvent offrir des débouchés aux personnes qui souffrent d’un grave désavantage social ou d’un déficit de compétences, alors que d’autres milieux de travail n’offrent pas toujours de telles possibilités.

 

Du tourisme durable ? Du tourisme communautaire ? Du tourisme pro-pauvre ?

Ces 15 dernières années ont vu apparaître de très nombreuses formes et concepts de tourisme dit durable ou intégrant une logique de développement durable comme le tourisme responsable, l’écotourisme, le tourisme éthique, le tourisme équitable, le tourisme solidaire, le tourisme participatif, le volontariat, le tourisme communautaire ou indigène ou encore le tourisme dit pro-pauvres.

Ces nombreux concepts cachent des réalités et des méthodologies bien différentes dans la conception et l’intégration des problématiques économiques, sociales et environnementales auprès des parties prenantes.

Intéressons-nous ici plus aux concepts qu’aux nouvelles formes de tourisme que ce sont l’écotourisme, le tourisme équitable et solidaire, le volontariat ou le tourisme participatif.

Les tourismes dit communautaire (« Community-based tourism » en anglais) et dit pro-pauvre (« Pro-poor tourism ») sont des concepts largement utilisés depuis ces dernières par certaines institutions internationales et autres agences de coopération internationale pour utiliser le tourisme comme un outil de lutte contre la pauvreté dans les pays les moins avancés particulièrement.

Le tourisme communautaire est un concept qui met la communauté local d’accueil au cœur du projet touristique. C’est elle qui va gérer, développer et promouvoir une offre touristique basée sur les patrimoines naturels, culturels et humains du territoire. La communauté va donc s’organiser (au sein d’une association, d’une ONG ou d’un groupement économique), définir les rôles de chacun des habitants et transformer les connaissances et les compétences de chaque individu en prestation de services pour les touristes (organisés ou non).

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Le concept de tourisme pro-pauvre a été développé par trois universitaires anglais en avril 2001 à travers un rapport publié sous le nom « Pro-Poor Tourism Strategies : Making Tourism Work for the Poor », réalisé avec la collaboration de l’ODI (Overseas Development Institute), l’IIED (International Institute for Environment & Development) et le CRT (Center for Responsible Tourism). 6 études de cas ont ainsi été analysées en Afrique du Sud, en Namibie, en Ouganda, au Népal, à Sainte Lucie et en Equateur.

L’analyse de ces études de cas a montré que les projets pouvaient générer localement de nouvelles opportunités et des bénéfices pour les plus pauvres. En revanche, la difficulté de l’analyse a été marquée par le fait que les projets étaient très différents les uns des autres car les concepts précis peuvent différer. Ils s’agissaient d’appuis techniques et financiers d’ONG local ou internationale, de méthodes de tourisme dit communautaire (Namibie, Ouganda), de petites ou grandes agences réceptives ou encore de programmes d’aide et de développement mis en place par les régions ou les Etats.

Les auteurs ont néanmoins précisé 3 types de stratégies différentes :

Il est également précisé que l’ensemble des parties prenantes ont un rôle clé à jouer pour développer ce concept, que ce soit le secteur privé, les gouvernements locaux et nationaux, les communautés à faible revenu, les ONG ainsi que les donateurs.

Enfin, les 4 facteurs clés de succès pour la réussite de projets de tourisme pro-pauvres sont précisés ainsi :

– Permettre aux pauvres d’accéder au marché (localisation géographique, contraintes sociales – castes par exemple, élites économiques – liens avec les tour-opérateurs puissants) ;

– Viabilité économique des projets (qualité des prestations et prix, marketing, intérêt de la destination pour les touristes, etc.)

– Cadre politique (foncier, contexte réglementaire, planification, capacité et volonté du gouvernement sur ces questions, etc.)

– Défis de mise en œuvre dans le contexte local (combler le fossé des compétences, gestion des coûts et des attentes, maximiser la collaboration entre les parties prenantes.

 

Vers un « inclusive tourism business » ?

En comparant ces différentes procédures et concepts, il apparaît clairement que l’Inclusive Business appliqué au secteur du tourisme est une procédure appliquée du concept de Pro-Poor Tourism développé par les universitaires anglais. Le tourisme communautaire est lui en revanche un exemple d’Inclusive Business en permettant à des communautés locales à faible revenu de proposer des prestations à des entreprises comme des tour-opérateurs étrangers, améliorant ainsi leurs conditions de vie et valorisant leurs patrimoines locaux.

En revanche, nous ne pouvons pas dire que le tourisme communautaire est la seule forme appliquée du concept d’Inclusive Business dans le secteur du tourisme.

Il faut bien comprendre que le secteur du tourisme comprend non pas uniquement le tour-operating, mais également l’hébergement, la restauration, l’artisanat, l’aérien, etc.

Ainsi, plusieurs modèles d’Inclusive Business peuvent être développés dans le secteur du tourisme :

– Le tourisme communautaire :

Comme nous l’avons vu précédemment, le tourisme dit communautaire peut être un outil de lutte contre la pauvreté en intégrant un modèle d’inclusive business, mettant ainsi en relation des communautés locales, transformés en prestataires de services touristiques auprès d’agences de voyages basées dans le pays d’accueil (réceptif) ou dans les pays émetteurs de touristes (tour-opérateurs). Les populations proposent ainsi des services de guides, de restauration, de transports, de locations d’animaux de bâts ou à monter, d’hébergement chez l’habitant, etc.

– Le tourisme équitable et solidaire :

Des tour-opérateurs français proposent aujourd’hui de partir à la rencontre des populations locales avec une offre de voyages centrés sur ce partage. Il s’agit principalement de membres de l’ATES (Association pour le Tourisme Equitable et Solidaire). Le concept est de travailler directement avec les prestataires comme dans le commerce équitable, évitant ainsi les intermédiaires, ce qui permet de payer équitablement les populations rencontrées. Outre cet aspect, un fonds de développement local est créé à partir d’un pourcentage de l’argent payé par les clients pour permettre aux communautés locales de réaliser un projet de développement qui va bénéficier à l’ensemble de la communauté locale, comme par exemple la construction d’un puits, d’un école ou d’une case de santé.

– Les politiques d’achat responsable dans les hôtels :

L’une des caractéristiques principales d’une stratégie de développement durable ou RSE (Responsabilité Sociale de l’Entreprise) pour un hôtel est d’intégrer une politique d’achat responsable. Cette politique permet à l’hôtel de s’approvisionner auprès de fournisseurs dans une démarche éco-responsable, c’est-à-dire en réduisant les impacts environnementaux et en améliorant les impacts sociaux pour les parties prenantes (fournisseurs, clients, salariés, etc.). C’est dans cette vision-là qu’une société d’hébergement peut intégrer un modèle d’Inclusive Business. Elle peut ainsi orienter ses achats de produits alimentaires, d’artisanat, de mobilier, de décoration et de construction auprès de populations environnantes offrant ces produits et services.

Les politiques d’intégration des hôtels sur leur territoire :

Dans le cadre d’une stratégie de développement durable d’un hébergement, il y a la possibilité d’aller encore plus loin que la politique d’achat responsable. Par exemple, un hôtel a la possibilité de s’intégrer le mieux possible au territoire d’accueil, que ce soit au niveau économique, social ou environnemental dans une vision d’Inclusive Business. Ainsi, un hôtel peut décider d’orienter son recrutement vers les populations environnantes et ainsi mettre en place un système de formation initiale. L’hôtel y gagnera en qualité de services, en gestion de sa politique de recrutement et en diminution des conflits possibles entre les touristes étrangers et les populations locales. Un même travail peut être réalisé en appuyant des ONG internationales (Agrisud par exemple) qui appuient les populations locales dans la création et la gestion de micro-entreprises agricoles, capables de générer ensuite des produits adaptés au besoin de l’hôtel. Enfin, un hôtel peut également appuyer la création de projets environnementaux autour du site qui auront un impact direct sur la qualité de l’établissement et l’amélioration des conditions de vie des populations. C’est le cas par exemple de la gestion des déchets (création d’usine de retraitement des déchets pour l’hôtel et son territoire), de la propreté des plages et des jardins ou encore de la gestion d’énergies renouvelables.

En conclusion, le concept d’Inclusive Business dans le secteur du tourisme n’est pas connu en tant que tel mais a déjà été abordé par des universitaires dans sa théorie globale ou par des agences de coopération dans son application concrète.

Il existe de nombreuses voies intéressantes à développer pour faire intégrer ce concept au sein des entreprises touristiques de toutes sortes, ayant conscience de l’intérêt du développement durable pour l’ensemble de leurs parties prenantes.

Nous sommes encore dans un domaine en recherche d’innovation ou les exemples sont encore trop rares et méritent d’être développés pour un tourisme de qualité, aux conséquences positives pour les territoires, les Hommes qui y vivent et ceux qui les visitent.

Guillaume CROMER, directeur gérant ID-Tourism, expert en tourisme durable

ID-Tourism est un cabinet d’ingénierie touristique et marketing fortement positionné sur les problématiques du tourisme durable. Il est dirigé par Guillaume CROMER, expert reconnu en tourisme durable en France et à l’international. Guillaume CROMER est également administrateur de la Coalition Internationale pour un Tourisme Responsable et  membre actif de l’association Acteurs du Tourisme Durable.