Ecomusée : Entre Repli Identitaire Et Modernisation Nécessaire

Un peu d’histoire…

Si le concept d’écomusée est aujourd’hui reconnu au niveau mondial, il s’agit bien d’une notion créée par les Français en 1971 par le Conseil International des Musées à l’aube de la fièvre muséale des années 80. Epoque durant laquelle, la réflexion sur les musées est une des préoccupations centrales du gouvernement français.

Georges Henri Rivière et Hugues de Varine ont ainsi défini l’écomusée comme :

« un musée éclaté, interdisciplinaire, démontrant l’homme dans le temps et dans l’espace, dans son environnement naturel et culturel, invitant la totalité d’une population à participer à son propre développement par divers moyens d’expression basés essentiellement sur la réalité des sites, des édifices, des objets, choses réelles plus parlantes que les mots ou les images qui envahissent notre vie. »

Un « miroir », une « expression de l’homme et de la nature », une « expression du temps », une « interprétation de l’espace », un « conservatoire », une « école »… tels sont les mots clés qui régissent le principe fondateur de l’écomusée.

Néanmoins, l’écomusée est aujourd’hui en perte de vitesse, car il doit faire face à plusieurs problématiques spécifiques.

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Des problématiques de gouvernance

Les écomusées ont bien besoin d’être professionnalisé et de réelles compétences sont nécessaires. N’est pas conservateur d’un musée qui veut ! Très souvent sous la tutelle d’associations composées de salariés et de bénévoles, les écomusées ou musées de sociétés sont parfois repris par des professionnels.Le système de gouvernance au sein d’un musée est donc complexe et parfois sujet à des conflits qui ralentissent les démarches. Le partenariat public-privé semble être une bonne solution à l’instar de l’écomusée d’Alzen dont les bâtiments appartenant à la commune sont gérés par une association.

D’autre part, le manque de financement des écomusées est un problème réel. C’est pourquoi, il est préférable de mutualiser ses moyens en favorisant le mécénat sous toutes ses formes, et faciliter une coopération solidaire entre les divers acteurs locaux.

Entre innovation et besoin marketing

Les écomusées souffrent aujourd’hui d’une image poussiéreuse et désuète. Il est vrai que lorsque les gens pensent à un écomusée ils s’imaginent, pour la plupart, des mannequins et trois outils exposés derrière une vitrine. De ce fait, il y a une incohérence très forte entre l’offre et la demande.

A trop vouloir rester fidèle au passé, on y reste prisonnier!.. Et pourtant, le rôle d’un écomusée est bien d’être le médiateur entre le passé, le présent et pourquoi pas le futur ?

En cela, l’écomusée doit parier sur l’innovation, raconter notre passé de manière séduisante, et surtout novatrice !

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Par exemple, beaucoup d’entre eux pour ne pas dire la majorité, ne possèdent pas de site internet et ne sont donc peu ou pas visibles sur Internet, ce qui est aujourd’hui indispensable aux yeux du client. D’autre part, ce que le visiteur veut, c’est être impliqué et vivre une expérience génératrice d’émotion. Pourquoi donc ne pas lui offrir ce qu’il attend ?

Pour ce faire, Il est essentiel de mettre le visiteur en situation comme l’a fait le musée de la lunette de Morez en proposant plusieurs clés de lecture du musée. Ici, le visiteur a le choix entre cinq entrées différentes : histoire locale, histoire des techniques, ethnologie, sciences et arts décoratifs.

L’écomusée du pays de la cerise de Fougerolles, a quant à lui, choisi de proposer des activités liées au cinq sens. En effet dans sa nouvelle visite, l’écomusée offre la possibilité de toucher et de sentir du bois de merisier de hêtre ou de noyer stimule l’ouïe par le recours aux bande son et le gout grâce aux dégustations… C’est intéressant mais il faut aller bien plus loin dans l’interaction avec le visiteur. L’offre a cruellement besoin d’être orientée vers quelque chose de bien plus ludique et moderne que ça ne l’est déjà.

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En effet, selon nous, il faut que les écomusées s’engagent dans un processus de gamification/ludification, en s’accaparant les éléments qui font le succès des jeux : récompenses, énigmes, questionnaires, quizz, défis….

Dans la même idée, il serait intéressant de parier sur les nouvelles technologies, en créant une application mobile (pour ceux qui peuvent se le permettre !) qui guiderait le visiteur à travers le musée. Faites en sorte de créer une ambiance avec un vrai projet pédagogique et un  storytelling dans le vent !

Enfin, on voit aujourd’hui que la clientèle des écomusées est très ciblée sur la famille et les scolaires. Il y a donc un véritable intérêt de travailler sur le positionnement marketing de l’écomusée pour élargir la gamme de la clientèle.

 Par exemple, l’écomusée d’Alsace a créé un film de présentation qui met en scène un couple d’une trentaine d’année projetant d’y passer le weekend. On y adhère ou non, toujours est-il que l’écomusée d’Alsace se renouvelle !

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Ecomusée et biodiversité

Une des missions de l’écomusée est de participer au développement du territoire dans lequel il se trouve. C’est également un bon outil de promotion pour certaines zones qui sont les plus reculées, encore faut-il l’utiliser à bon escient !

A travers sa fonction de mise en valeur du patrimoine « oublié », il serait intéressant que l’écomusée devienne un espace de sauvegarde d’espèces animales et/ou végétales grâce à la reconstitution de milieux adaptés à certaines espèces fragiles et en voie de disparitions. L’écomusée deviendrait de ce fait, le nouvel habitat naturel de ces espèces, qu’il s’évertuerait à protéger quotidiennement. Ce qui est aussi, ne l’oublions pas, un moyen de se démarquer et d’attirer une clientèle un peu plus large.

Loin de se cantonner à un simple rôle d’observatoire du passé, l’écomusée ne doit pas se contenter d’exposer, il doit avoir un rôle plus marqué dans la préservation de l’environnement et doit en être une partie prenante active. L’écomusée d’Alsace, par exemple, participe activement à la préservation du patrimoine naturel de la région. Son action de protection des cigognes, quasiment en voie de disparition dans la région, en est un exemple éminent. L’écomusée fut un des sites pilotes pour leur réintroduction dans les années 80.

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Pour conclure, les écomusées doivent réaffirmer leur place en tant que bras armé, au niveau local, de la préservation et de la sensibilisation du public. Pour ce faire, il faut d’une part, que ces derniers s’adaptent aux attentes actuelles du consommateur, en étant innovant. Et d’autre part, Il faut aussi que cet écomusée redevienne une infrastructure qui fédère l’ensemble des parties prenantes locales et pas seulement les institutionnels, mais aussi les entreprises privés locales et les associations.

Célia TROCHON (à suivre sur Twitter)

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