La biodiversité au service d’une expérience écotouristique dans les Parcs naturels

Dans le cadre d’un séminaire inter-Parc Naturel Régionaux organisé par la Fédération des Parcs naturels régionaux de France, dans les Bauges à Lescheraines sur la question « Biodiversité, Tourisme & Sports de Nature », j’ai été appelé pour donner mon point de vue sur ce sujet. Voici en quelques lignes ma vision des choses.

Sans la biodiversité, le tourisme n’existerait pas !

Fini les prairies fleuries de montagne, fini les bonnes salades et autres fromages de pays, fini les safaris en Afrique… Vraiment, ce serait très limité.

Une vision de la biodiversité assez réduite

Pour autant, le voyageur (tout comme le citoyen à vrai dire) n’a qu’une vision extrêmement limité du rôle, de l’importance et des moyens de préservation de la biodiversité. Pour un touriste, il y a bien sûr la biodiversité dite « visible » qui participe directement à l’expérience touristique comme l’observation des baleines dans le Saint Laurent au Canada, la plongée sous-marine dans la Mer Rouge ou encore aller sauver les tortues marines au Costa Rica… Or, c’est toujours plus compliqué quand il s’agit de valoriser touristiquement les fourmis rousses, les vers de terre, le Grand Hamster d’Alsace ou même les oiseaux (malgré l’intérêt fort des passionnés d’ornitho). Pour autant, la sauvegarde de la biodiversité passera surtout par un travail de préservation de ces espèces moins emblématiques, moins visibles aux yeux des touristes.

Ce travail doit ainsi être réalisé dans une vraie politique territoriale de préservation environnementale et de maintien de la biodiversité qui impliquera alors des actions sur les différentes activités socio-économiques du territoire dont le tourisme. Ici par exemple on peut lire la stratégie pour la biodiversité pour le département de l’Aude ou de l’Isère. On voit ainsi que sur la stratégie dans l’Aude, de nombreux points peuvent toucher au secteur touristique.

Vers une adaptation des prestataires de loisirs

Ainsi, les activités de pleine nature devront s’adapter aux points chauds du territoire et aux périodes de protection absolue. Ce sera le cas notamment des activités de parapente, d’escalade, de ski de randonnée comme le colloque a pu le montrer en milieu de montagne. Les événements sportifs et culturels (et en particulier les nouveaux événements autour du trail ou des courses à obstacles en pleine expansion) devront être organisés en respectant les enjeux sociaux et environnementaux comme ici en Centre – Val de Loire avec leur Charte des événements éco-responsables. Bien sûr, les hébergeurs et les restaurateurs auront un rôle central à jouer en s’impliquant sur des pratiques respectueuses de la biodiversité avec des produits d’entretiens et de gestion des espaces verts écologiques, pousser les circuits courts et biologiques dans la restauration jusqu’à la réflexion sur la gestion des eaux usées et des déchets. Enfin, le territoire devra également s’engager fortement sur les nouveaux aménagements d’hébergements car l’artificiellement pousse de plus en plus sur la nature alors que cette dernière devient de plus en plus recherchée par les visiteurs. Moins d’espaces pour toujours plus de monde, l’équation ne trouvera pas d’issue…

A côté de cela, il serait intéressant de pousser les opérateurs, animateurs du territoire à intégrer dans leurs prestations de la sensibilisation des clients à la biodiversité ou de créer de nouvelles activités innovantes avec des outils de médiation originaux digitales (réalité virtuelle ou augmentée, application comme EcoBalade ou encore le travail réalisé par Atelier Nature, etc.) ou non (gamification, photographie, lecture de paysages, histoires de passionnés, chasse au trésor, création collaborative de films / clip vidéos, etc.).

Tourisme et biodiversité

Au final, l’importance de mettre en place une stratégie écotouristique sur un territoire de Parc en intégrant fortement la question de la biodiversité est de donner une cohérence identitaire dans l’expérience touristique. Dans ce cadre, le visiteur devra être informé dès son arrivée sur le territoire de l’importance de la biodiversité et que c’est une chance de pouvoir découvrir cet espace naturel préservé. Cette information devra arriver dès que possible soit dans les villes portes (et leur gare / aéroport par exemple), soit dans les hébergements (qui devront respecter ces engagements et porter le message), les offices de tourisme bien sûr et auprès des prestataires d’activités.

Si le territoire a la capacité de s’appuyer sur un animal emblème, c’est d’autant plus facile de faire passer les messages autour de la biodiversité comme le prouve le travail de la Baie de Somme sur le phoque aujourd’hui mais aussi des destinations plus lointaine comme le Rwanda avec le Gorille des Montagnes ou encore le Panda Géant dans le Sichuan en Chine. Bien sûr, attention aux dérives car cette attractivité peut engendrer facilement l’attrait de nombreux prestataires touristiques pas tous vertueux.

Une cohérence des prestations la plus ample possible

Si le visiteur retrouve ce même discours à chaque étape de son séjour, il se sentira privilégié de vivre cette expérience et deviendra indubitablement un ambassadeur de la destination. Bien sûr, aucune mauvaise note de devra arriver (hébergement peu scrupuleux sur les questions environnementales, guide accompagnateur ne respectant pas les sentiers de randonnée, etc.) au risque de casser cette cohérence d’engagements.

Tout l’enjeu de cette cohérence réside dans le travail des équipes des Parcs naturels comme l’a démontré parfaitement Guillaume Richelot, du Parc naturel régional des Bauges en présentant les schémas de cohérence sur les activités de pleine nature comme le vol à voile, l’escalade ou encore de canyonning. Véritable trait d’union entre les équipes, ce travail de collaboration et de co-construction des projets et actions est plus que nécessaire à la fois entre les différents services du Parc (environnement, espaces naturels, faune, activités de pleine nature et développement économique – tourisme) mais également avec l’ensemble des parties prenantes du territoire.

Guillaume Cromer, directeur ID-Tourism & fédérateur du pôle d’excellence Ecotourisme auprès de M. Matthias Fekl, Secrétaire d’Etat à la Promotion au Tourisme. (Retrouvez moi sur Twitter, Linked In & Instagram)

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