Interview d’un hydrobiologiste pour faire le point sur la ressource en eau des stations de ski

Bon ok on est en été depuis une semaine et on va vous parler de neige. Deux hypothèses à cela… Soit on a déjà beaucoup trop chaud et évoquer la neige nous rafraichit, soit, (et on dira plutôt que c’est ça) c’est notre côté prospectiviste. Ces derniers hivers, l’usage de l’eau a été un sujet polémique au niveau des stations. On avait d’ailleurs déjà rapidement évoqué cette problématique dans un de nos articles. On a souvent entendu les stations se défendre sur le sujet en disant qu’il n’y avait pas de problème de gestion l’eau car même si elle était transformée en neige, au final, elle revenait dans les nappes phréatiques. La situation est-elle aussi simple ? On a interviewer Matthieu Metzger sur le sujet, il est hydrobiologiste de formation. La biologie appliquée à l’eau c’est donc sa spécialité ! 

Hydrobiologiste et canons à neige quel rapport ?

Matthieu connait très bien le sujet car il travaille depuis quelques années pour les stations de ski. Ça a commencé il y a 7 ans avec la station de Châtel. L’entreprise, Aquago, pour laquelle il travaille est spécialisée dans l’amélioration de la qualité de l’eau sur les lacs, pour cela elle a développé par exemple des brasseurs basses consommations pour mettre en mouvement l’eau. Cet outil de brassage de l’eau permet de répondre à de nombreuses problématiques dont certaines rencontrées en montagne par les stations de ski et leurs retenues collinaires :

  • Un gain en volume d’eau car sans brassage, une grosse partie du bassin est gelé et ne peut servir pour créer de la neige.
  • La sécurité des employés car si le lac est gelé, ils doivent aller dessus pour mesurer le volume d’eau restant. Le brassage permet de limiter la prise de glace.
  • L’abaissement de la température de l’eau à 2°C après l’été (grâce au brassage) permet de produire avec les rendements maximums et donc de réduire l’appétence en eau.
  • La prolifération d’algues dans les retenues collinaires et qui vont colmater les filtres des enneigeurs lors de leur mise en service. Il se trouve que ces algues n’étant pas faite pour vivre en milieu turbulent, le fait de brasser l’eau diminue ainsi leur prolifération.

 

Maintenant que vous êtes calé sur les conditions optimums de création de neige de culture on va parler usage de l’eau en montage.

 

Alors Matthieu, ton avis sur les problématiques d’eau dans les stations de montagne ?

 

« Aujourd’hui la problématique majeure en montagne est que la ressource en eau est malgré tout très limitée ». Et oui, car même si la montagne se trouve à la source de chaque rivière, fleuve, etc. l’eau n’y reste pas!  « La pression autour de l’utilisation de cette ressource est donc conséquente car il faut la partager entre l’eau potable pour les habitants, l’eau pour l’agriculture, l’eau pour la neige de culture et enfin l’eau pour l’écosystème naturel. La question qui se pose est donc de savoir comment utiliser la ressource en eau disponible pour chaque activité pour éviter qu’à un moment, il y ait une crise majeure ».

 

Justement en parlant d’utilisation de la ressource en eau, certains responsables de station disent qu’il n’y a aucun impact sur la consommation en eau avec les enneigeurs, qu’en penses-tu ?

 

« Ça c’est une question qui fait débat, en fait aujourd’hui, il n’y a pas d’étude qui démontre qu’il y en ait ou qu’il y en ait pas ». Pourtant, ces derniers hivers on a pu observer, dans certaines stations de ski, des conflits d’usage au niveau de la ressource en eau notamment entre enneigeurs et eau potable. Alors, que faut-il faire lors de la mise en place et l’utilisation d’enneigeurs artificiels pour qu’il n’y ait pas de conséquence sur la population et l’écosystème local? « Il faut vraiment gérer la répartition de la ressource en eau. Avant de mettre la pression en mettant beaucoup d’enneigeurs il faut voir s’il y a de la ressource disponible et à partir de là sur cette ressource disponible comment est-ce qu’on envisage sa répartition. Il faut donc étudier si le milieu en tant que tel est capable de fournir autant d’eau sans hypothéquer tous les autres besoins dont ceux de la nature ». Pour autant même en prenant ces mesures, en tant qu’hydrobiologiste, Matthieu nous explique que lorsque l’on prend l’eau à un endroit et qu’on la restitue à un autre endroit – car c’est ce qui se passe avec les enneigeurs – l’endroit où on l’a prise au départ est ainsi appauvri en eau alors que l’endroit d’arrivée n’avait pas forcément prévu de recevoir ces quantités. Par contre, si on regarde à une échelle plus petite, par exemple à l’échelle d’une piste, le fait de mettre de l’eau alors qu’il n’y en avait pas initialement modifie forcément quelque chose. Même si c’est restitué au final à l’environnement.

 

De nouvelles start-ups de l’enneigement artificielle promettent des équipements plus frugaux en énergie et en eau? Tu y crois? 

« Aujourd’hui, sur le marché, il y a des systèmes d’enneigement qui sont capables de produire de la neige à températures positives. Différentes sociétés commercialisent ce genre d’enneigeur, mais … c’est un peu des machines à glace à mojito. » Ironise Matthieu.

« Après les nouvelles technologies, qui sont encore plus ou moins en prototypes, montrent que leurs consommations seraient moins importantes.  J’attends de voir ce que ça donne par la suite ». Cet échange avec Matthieu mène forcement au sujet du dérèglement climatique, sur lequel il est d’accord avec nous sur le fait que les stations de montagne doivent se projeter. Il peut et pourra autant avoir des périodes de grands froids liées à une sècheresse, que des périodes beaucoup plus chaudes. « Il faut se questionner sur la nécessaire adaptation du milieu de la montagne et du milieu touristique face à ces changements » rajoute-t-il.

 

Et sinon, petite réflexion pour conclure cet article, peut-être que ce dont il manque réellement aujourd’hui ce sont des outils performants au niveau des stations pour quantifier la ressource en eau de manière à savoir parfaitement où il y en a et où sont les zones sensibles qui doivent être préservées. Aujourd’hui des centres de recherches travaillent sur cette question néanmoins comment le rendre applicable facilement pour les stations? Un avis ou une idée sur cette question ?

 

À bientôt,

Maëlle Nègre

 

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