Tourisme de Luxe : Un retour à l’essentiel ? Decryptage

Le luxe est aujourd’hui bien éloigné de l’ostentation immortalisée par les photos de Martin Parr. La société évolue, le luxe aussi.

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Un retour à la sobriété

Il tend aujourd’hui vers de nouveaux codes qui transparaissent dans leur stratégie de communication. Un retour à l’essentiel assumé,  à l’image de la publicité de Chanel n°5 qui retrace les pensées d’un homme, seul, dans un cadre froid et sommaire. Ce retour aux véritables valeurs se matérialise par la recherche de la solitude, la simplicité et la déconnexion. Le maître mot du concept est de réapprendre à vivre en prenant son temps, en toute simplicité.

 Le tourisme de luxe n’a bien évidemment pas échappé à ces différentes mutations. Point sur les tendances liées à ces nouveaux codes.

 LA SOLITUDE ET LA SIMPLICITE:

Déjà au XIXème siècle, Henry David Thoreau considérait l’importance de vivre en pleine nature et de la « simplicité volontaire »

Les personnes qui peuvent se permettre de se retirer de la société, ne serait-ce qu’un moment, se comptent sur les doigts de la main.

C’est ainsi que dans le secteur du voyage, cette recherche de solitude et d’isolement du reste du monde, laisse libre place à l’hyper sur-mesure.

Evasion + sur-mesure

Le client éprouve aujourd’hui le besoin de s’évader dans un cadre qui correspond exactement à sa personnalité.

Des tour-opérateurs comme Voyageurs du Monde font du voyage sur-mesure leur marque de fabrique.

D’autre part, un nouveau métier prend de plus en plus d’ampleur : le coach de voyages ou travel coaching. Un professionnel qui n’est ni agence de voyage, ni un tour-opérateur, et qui vous concoctera un séjour ultra personnalisé.

Aujourd’hui, revenir aux basics est à la mode, comme le montre le succès du glamping et du road-trip.

Le glamping ou « camping glamour » est la nouvelle tendance qui consiste à  proposer à ses clients de dormir à la belle étoile en plein cœur de la ville.

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PRENDRE SON TEMPS 

A l’heure où le « burn-out » ou syndrome d’épuisement au travail devient une véritable maladie, (on estimerait près de 3 millions de salariés concernés, notamment des cadres qui sont pourtant habitués aux situations de stress), tout le monde s’accorde sur le fait  que le temps relève aujourd’hui du luxe. Parce que le luxe dans l’absolu relève de ce qui est inaccessible, rare et exclusif, et le temps semble à lui seul, détenir ces trois caractéristiques.

Le Slow Tourisme

Ou « Tourisme lent » est apparu en 1999. Il fait suite au mouvement  italien le « Slow Food». Ce dernier fait l’apologie de la « bonne bouffe » en réaction à la culture « Fast Food » bien implanté aujourd’hui dans la vie de tous les jours.

Pour le Slow Tourisme, c’est la même chose. C’est un concept chapeau qui recèle en son sein, un large panel d’activités touristiques correspondant aux valeurs suivantes : lenteur, authenticité, temps, émotion….

Yoga, massages, spa et toutes autres activités liées au bien être font bien évidemment partie intégrante du Slow Tourisme.

C’est ainsi que le touriste choisit de ralentir la cadence.

Il opte pour des « choix plus lents » et l’itinérance.

Un des exemples les plus connus est le célèbre train Venice-Simplon Orient-Express déplaçant à la vitesse de 60kmh/heure, ou encore le succès non démenti de la Loire à vélo et des chemins de Saint Jacques de Compostelle.

Parfois, même, dans les hôtels de luxe à l’instar des Costa Navarino, les clients ont la possibilité de mettre la main à la patte, en participant aux vendanges, en récoltant des olives ou fabriquant du pain grec !

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DECONNEXION

Nous commençons enfin aujourd’hui à être conscients de notre cyberdépendance. En Corée du Sud où 100% des personnes détiennent un compte internet, des centres basés sur le concept du “Digital Detox” ont été crées afin de traiter cette addiction que l’on considère aujourd’hui comme une pathologie .

« Le Digital Detox » :  est une déconnexion volontaire, due à un sentiment de passer à côté de la vie réelle.

Les « déconnectés » sont bien conscient de leur addiction, ces personnes parfois victimes du FOMO (Fear Of Missing Out : peur de rater quelque chose) malgré elles désirent à tout prix faire un retour aux vraies valeurs, et choisissent de se déconnecter.

C’est ainsi que des hôtels de luxe proposent désormais des « packages digital detox » pour le moins insolites :

Par exemple, l’hôtel Westin de Dublin, qui propose de mettre tous les smartphones, ordinateurs portables et autres gadgets dans un coffre-fort. En échange, un « kit de survie Digital Detox » contenant un plan de la ville, un journal, une bougie relaxante, un jeu de société est offert au client.

Dans le cadre de son forfait « Digital Detox», l’hôtel Pittsburgh Renaissance invite ses clients à laisser tous leurs équipements multimédia à la réception, pour ensuite passer la nuit dans une suite sans connexion internet.

DIMENSION EXPERIENTIELLE :

La clientèle aisée attend aujourd’hui de leurs séjours de vivre une véritable expérience, de ressentir des émotions Elle désire être impliquée, bousculée dans ses repères et surtout souhaite être marquée de façon positive et durable. La rencontre avec les populations fait partie de ces expériences. Le succès de l’émission de Frédéric Lopez «  Rendez-vous en Terre Inconnue » témoigne de cet intérêt.

 En ce sens, les membres de l’Association du Tourisme Équitable et Solidaire (ATES), qui propose précisément ce type de rencontre, ont toutes les cartes en main, et je suis convaincue qu’en adaptant leur concept au cadre du « luxe expérientiel », ils auront du succès et gagneront en notoriété !

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Conclusion ?

En conclusion, on peut se poser la question si cette recherche à la fois de simplicité, de nature, d’isolement et de connexion n’est pas un retour aux valeurs originelles de l’homme

L’écrivain aventurier voyageur Sylvain TESSON résume parfaitement cette nouvelle condition dans son livre « Dans les forêts de Sibérie ». Son expérience de vivre 6 mois, seul, en hiver, dans une cabane au bord du lac Baïkal présente très bien cette remise à plat des valeurs du luxe, ce « reboot », pour repartir dans cette société hyperactive.

Dans le cadre du Salon du luxe durable 1.618 qui aura lieu au Carreau du Temple du 4 au 6 Avril prochain, ID-Tourism, par l’intermédiaire de son directeur Guillaume CROMER animera la conférence : Slow Tourisme : mythe ou réalité ?  le dimanche 6 Avril 2014 à 14h30. Inscription ici.

Célia TROCHON (Suivre sur Twitter)

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